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Le langage des oiseaux

Publié le 9 octobre 2019 dans Ornithologie
Le langage des oiseaux

Dotés d’étonnantes capacités vocales, les oiseaux nous offrent un répertoire sonore d’une incroyable diversité. Tout oiseau émet des sons particuliers et ceux-ci interviennent dans tous les aspects de sa vie. Mais chaque émission sonore a une signification bien précise et c’est une réelle communication qui s’établit entre les individus. Airs aigus, gazouillis discrets ou cris perçants, envolées flûtées et trilles, décryptage d’un langage surprenant.

Un organe clé : la syrinx

L’oiseau possède l’appareil vocal le plus performant de tous les vertébrés. Ces derniers produisent les sons grâce au larynx et aux cordes vocales. L’oiseau, lui, en est dépourvu. A la place, il possède la syrinx, un organe situé entre la trachée et l’embranchement des deux grandes bronches. Cet organe est composé de membranes rattachées à la base de la trachée et d’autres rattachées à la base de chaque bronche. Au passage de la syrinx, l’air expiré vibre, ce qui produit du son.

L’oiseau peut ensuite moduler ce son en contrôlant la tension de muscles spécialisés qui contractent les membranes. Cela fait varier l’espace entre celles-ci et permet à l’oiseau de produire tout un panel de sonorités. Les membranes peuvent également vibrer indépendamment et émettre deux sons simultanés.

Figure 1. Schéma et fonctionnement de la syrinx, au repos et pendant le chant. Source : Perception et communication chez les animaux, S. Tanzarella, ed. De Boeck, 1986

Cependant la structure de la syrinx peut varier considérablement d’une famille aviaire à une autre, et constitue même un critère important de classification. Elle est particulièrement complexe chez les oiseaux chanteurs, ce qui leur permet de créer d’impressionnantes mélodies.

Il existe une grande variété d’émissions vocales chez les oiseaux, mais deux catégories se distinguent des autres : les chants et les cris. Nous les différencions par un certain nombre de critères tels que la durée, la variabilité, ou encore la fonction.

Pourquoi les oiseaux chantent-ils ?

Un chant est généralement composé d’une phrase longue et structurée même si dans certains cas, il s’agit aussi d’émissions sonores simples, peu ou pas diversifiées, faisant penser à de simples cris (ex : Cisticole des joncs). Chaque espèce possède un vocabulaire qui lui est propre, une « langue » particulière. C’est d’ailleurs à travers le chant que les oiseaux se reconnaissent individuellement. À noter cependant que le chant est réservé aux mâles, hormis quelques exceptions. Les femelles chantent rarement mais chez certaines espèces, elles émettent des sons qui leur sont propres et constituent souvent des réponses aux appels des mâles (ex : Loriot, Chouette Hulotte).

En effet, les chants sont principalement émis lors des parades amoureuses, le mâle cherchant à attirer la femelle par ses vocalises. La capacité d’un mâle à bien chanter peut être vue comme une indication de son état de santé et donc de son état de bon reproducteur, selon l’esprit de la sélection naturelle. Plus tard, les individus en couple occupés par leur nichée se tairont tandis que les célibataires continueront à chanter jusqu’à constituer leur paire. Il arrive parfois à certains couples de chanter en duo, comme le torcol familier ou la chouette chevêche.

Le chant est également très important pour marquer le territoire. Lorsque l’oiseau s’est trouvé le terrain qui lui convient, il le défend en… chantant ! La complexité, le timbre ou l’intensité du chant sont autant d’indices informant les autres individus des capacités de l’hôte des lieux. Le chant fait alors figure d’avertissement sonore censé intimider les autres oiseaux.

Rouge-gorge, un oiseau particulièrement territorial

Cycle du chant

Classiquement, la fréquence des chants augmente fortement au printemps, période des parades nuptiales, même si certaines espèces peuvent chanter à d’autres saisons. Effectivement, cette période correspond à l’activation des glandes reproductrices qui produisent des hormones sexuelles. Or, ces glandes se rétractent pendant l’hiver, ce qui réduit la production d’hormones et l’activité. Ce réveil printanier stimule ainsi l’oiseau qui va s’activer pour la nidification : recherche de territoire, parades et prouesses vocales seront ses principales activités jusqu’au début de l’été. Ensuite, à partir du mois de juillet, les oiseaux s’occupent davantage de la recherche de nourriture : les chants se font rares ou cessent complètement.

En ce qui concerne le cycle journalier du chant, il existe là aussi de nombreuses spécificités. L’heure du chant dépend de plusieurs facteurs : période de l’année, région, météo, milieu, etc. Certaines espèces comme l’alouette des champs, le merle noir ou le rougequeue à front blanc sont des chanteuses matinales commençant à vocaliser bien avant l’aube, tandis que d’autres débuteront au lever du soleil. Sans oublier les rapaces nocturnes qui chantent essentiellement la nuit.

Figure 3. Le rossignol philomèle, chanteur infatigable du jour et de la nuit. (Source : Wikimedia Commons)

L’apprentissage du chant chez les oiseaux

Le chant est-il inné chez les oiseaux ? Est-ce le fruit d’un apprentissage ? L’oisillon peut-il acquérir un autre « dialecte » que celui de son espèce ?

Pour répondre à ces questions, la méthode utilisée par les chercheurs consiste à isoler un oiseau de ses congénères dès sa naissance, ou à le faire cohabiter avec des adultes d’une autre espèce. Les expériences effectuées avec cette méthode révèlent que l’élaboration du chant résulte à la fois de la génétique, donc d’une partie innée, mais aussi d’un apprentissage par les adultes.

Au 18e siècle, le baron et ornithologue autrichien von Pernau est le premier à comprendre que le chant des oiseaux n’est pas forcément instinctif (Metzmacher, 1995). Plus tard, les travaux du zoologiste William H. Thorpe et du neuroscientifique Fernando Nottebohm démontrent qu’un oiseau élevé seul et privé de contacts auditifs avec ses congénères, notamment adultes, ne peut développer correctement le chant caractéristique de son espèce.

D’autres études menées par Peter Marler dans les années 1970, réalisées sur des pinsons en diffusant des sons via des haut-parleurs à des oisillons isolés, ont mis en évidence les notions de « phase sensible » et de « template ». La première correspond aux 10 à 50 premiers jours de la vie de l’oisillon, soit la période la plus favorable pour apprendre le chant de son espèce. La seconde désigne un modèle auditif inné : malgré l’écoute de différents chants, l’oisillon sait les filtrer pour ne retenir que le chant de son espèce (Marler, 1970). Ces travaux révèlent deux phases d’apprentissage distinctes : une phase de mémorisation pendant laquelle l’oisillon écoute et retient le chant des adultes, et une phase motrice au cours de laquelle il s’exerce à imiter ce chant.

Figure 4. Un modèle d'apprentissage du chant, d'après Catchpole et Slater, 1995.

Mais les études des chercheurs L. F. Baptista et Lewis Pietrinovich ont remis en question la théorie de Marler à cause de sa méthode basée sur des expérimentations en conditions contrôlées. Cette fois-ci, les oisillons ont été mis au contact de modèles adultes vivants qu’ils pouvaient voir et entendre. Un apprentissage était alors parfois possible au-delà de la phase sensible et le chant d’autres espèces a pu être appris.

Cependant, les résultats varient d’une espèce à l’autre. Il est donc difficile de faire des généralités. Nous sommes encore bien loin de comprendre tous les mécanismes liés à l’apprentissage du chant chez l’oiseau mais toutes ces expériences démontrent que les facteurs sociaux jouent un rôle clef.

BIBLIOGRAPHIE 

  • ALEXANDRE Jean-François, LESAFFRE Guilhem (1983). Regardez vivre les oiseaux (tome 1). Ed Falco, Paris, 1983.
  • BOSSU André, CHARRON François (2003). Les chants d’oiseaux d’Europe occidentale. Ed Delachaux et Niestlé, 2003.
  • CATCHPOLE Clive K. et SLATER Peter J. B. (1995). « Bird song : biological themes and variations », Cambridge (G.-B.), Cambridge University Press.
  • DABOUINEAU Laurent (2004). Pourquoi les oiseaux chantent-ils. Le rale d’eau, 2004, vol. 119, p. 10-14.
  • HAUSBERGER Martine (2009). L’apprentissage du chant chez les oiseaux: l’importance des influences sociales. Parole et musique. Paris: Odile Jacob, 2009, p. 235-251.
  • MARLER Peter (1970). « Bird song and speech development : Could there be parallels ? », American Scientist, 58, p. 669-673
  • METZMACHER Maxime (1995). La transmission du chant chez le Pinson des arbres (Fringilla c. coelebs): phase sensible et rôle des tuteurs chez les oiseaux captifs. Alauda, 1995, vol. 63, p. 123-134.

Rédigé par Laetitia Sanchez