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Qu’est-ce qu’un Champignon ?

Publié le 02/08/2017 dans Champignons
Qu’est-ce qu’un Champignon ?
  • Introduction

L’Homme a commencé à s’intéresser aux champignons depuis bien avant l’Antiquité, et ce pour leurs propriétés culinaires ou hallucinogènes. Mais aujourd’hui, notre passion envers les champignons ne se limite plus à ces simples motifs car nous les étudions dans différents domaines notamment la santé, l’agriculture ou encore la préservation des écosystèmes.

  • Un champignon n’est ni une plante, ni un animal

Depuis l’Antiquité jusque dans les années 1960, il a été pensé que les champignons étaient des plantes ; c’est Robert Whittaker qui a développé un système de classification des organismes, constitué de quatre règnes : Protista, Plantae, Fungi et Animalia, qui est aujourd’hui très différent. Car en effet, les champignons ne sont ni des plantes, ni des animaux, ils appartiennent à un règne qui leur est propre : les Fungi.

Ils ne possèdent pas de chlorophylle, ils ne peuvent donc pas faire de photosynthèse pour obtenir de l’énergie comme les végétaux. Au lieu de cela, généralement ils absorbent le carbone par dégradation de la matière organique, notamment le bois. Ils se reproduisent via des spores, équivalent des graines chez les plantes, qui donnent de nouveaux individus. De plus, ils possèdent une paroi cellulaire chitineuse, comme l’exosquelette des insectes. On appelle cela une convergence évolutive, c’est-à-dire des évolutions indépendantes chez deux types d’organismes différents (ici les insectes et les champignons) qui ont convergé vers un caractère similaire (ici la présence de chitine).

Ce que nous appelons communément « champignon » est un abus de langage : il s’agit de la fructification, l’appareil reproducteur de certains champignons, ce qui libère les fameuses spores.

Schéma du règle animal selon Whittaker

Mais alors, qu’est-ce qu’un champignon ?

Un champignon, est avant tout ce que l’on appelle une moisissure. Elle est constituée d’un mycélium : un réseau de filaments nommés hyphes, faits de cellules juxtaposées. Généralement, cette partie se trouve dans les premiers centimètres du sol, et peut atteindre une surface de plusieurs mètres carrés voire kilomètres carrés (un individu de l’espèce Armillaria solidipes est considéré comme le plus grand organisme vivant car il s’étend sur plus de 8,9 km² aux Etats-Unis d’Amérique d’après Ferguson et al., 2003).

Schéma extrêmement simplifié du cycle de reproduction d’un champignon (Encyclopédie Visuelle Des Champignons)
Photo d'hyphes de Aspergillus niger
  • Nécessaires, bénéfiques ou dangereux ?

Les champignons sont présents tout autour de nous : dans notre alimentation (fromage, alcools fermentés), dans la médecine (les antibiotiques), et même dans les textiles (http://www.mycoworks.com/).

Nous sommes exposés en moyenne à 20 spores fongiques par litre d’air (Lacey, 1996), et certaines maladies respiratoires proviennent des toxines que ces spores contiennent.

 

Selon la FAO, environ un millier d’espèces font partie des habitudes culinaires de l’Homme dans le monde, ce qui représente moins de 0,1 % de l’ensemble des espèces fongiques.

Photo d'Amanites tue-mouche (Amanita muscaria)

Cependant d’autres sont connus pour leur toxicité et/ou leurs effets hallucinogènes. Par exemple, l’Amanite tue-mouche (Amanita muscaria) est l’un des champignons les plus connus. Il était connu autrefois des Mayas qui l’employaient pour des rituels sacrés. En effet ce champignon contient deux psychotropes : le muscimole et l’acide iboténique, mais également de la muscarine, poison du système nerveux parasympathique.

Les fromages à pâte persillée sont obtenus grâce à la présence de champignons tels que Penicillium roqueforti. Les levures, qui sont également des champignons, ont la capacité de fermenter le sucre en alcool pour survivre dans des milieux sans oxygène, on parle de milieux anaérobies. On les retrouve donc dans le pain, le vin ou encore la bière.

 

Une grande part de la recherche sur les champignons étudie les ravageurs de cultures comme l’Oïdium du Chêne, ou encore les Rouilles, mais aussi les maladies fongiques que sont les mycoses. Les champignons sont alors des parasites, des organismes qui vivent aux dépens d’un autre en lui portant préjudice, ce qui entraîne généralement des pertes considérables en agriculture, et des problèmes de santé assez graves.

 

Au contraire, il est supposé que 80% des plantes à fleurs nécessitent une symbiose avec un champignon pour survivre. Le champignon est alors considéré comme un symbiote, un organisme en étroite association avec un autre organisme, dans une relation bénéfique pour les deux parties. Généralement, la symbiose entre un champignon et une plante passe par les racines de la plante, on parle de mycorhize.

Les champignons jouent alors un rôle majeur dans l’alimentation de l’hôte en azote, phosphore et autres minéraux, et contribuent à l’absorption de l’eau. Ils participent également à la protection phytosanitaire des racines, et tout cela en échange de sucres que la plante produit grâce à la photosynthèse.

  • Dans nos forêts, dans nos assiettes

D’une manière générale, il existe en forêt de Fontainebleau plus de 1700 espèces de champignons.

L’une des espèces les plus remarquables est l’Hydne corail (Hericium coralloides), un champignon qui se développe sur les souches d’arbres morts (espèce saprophytes : qui dégrade la matière organique morte) et qui ressemble à du corail blanc.

Photo de l'Hydne corail (Hericium coralloides)

Si vous voulez cueillir vos propres champignons durant une balade, pour votre propre consommation, il n’y a pas d’autres moyens que d’apprendre à reconnaître les champignons dangereux et/ou se limiter à la récolte d’espèces comestibles que vous connaissez parfaitement.

Des intoxications mortelles ont lieux tous les ans, notamment avec l’Amanite phalloïde (Amanita phalloides) 9 fois sur 10 en France. N’oubliez pas de vous renseigner correctement car même des champignons dont la comestibilité était autrefois reconnue peuvent se voir aujourd’hui cataloguer dans des espèces toxiques comme par exemple le Gyromitre fausse Morille (Gyromitra esculenta), le Cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) ou encore le Paxille enroulé (Paxillus involutus).

 

Dans tous les cas, rappelez-vous que les champignons sont des aliments peu digestes et qu’ils doivent être consommés avec modération.

 

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur les champignons présents en forêt de Fontainebleau, l’ANVL propose plusieurs sorties mycologiques que vous pouvez retrouver sur le calendrier, et organise un salon annuel des Champignons qui se déroulera les 14, 15 et 16 Octobre cette année.

Rédigé par Sarah POTIER-GIQUEL

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  • Référence

  • LACEY, J., 1996. Spore dispersal – its role in ecology and disease: the British contribution to fungal aerobiology. Mycological research, 100, 641-660.
  • EVANS R. et HOFMANN A., 2000. Les plantes des Dieux, les plantes hallucinogènes. Ed. du Lézard.
  • MARTIN F., 2010. Plantes et champignons, des associations à bénéfice réciproque. Conférence à la Cité des Sciences et de l’Industrie.
  • AMIGUES S., 2010. Théophraste. Recherche sur les plantes, À l’origine de la botanique, Belin.
  • MARGULIS L., 1970. Whittaker’s Five Kingdoms of Organisms : Minor Revisions Suggested by Considerations of the Origin of Mitosis. Evolution, Vol.25, No.1, p.242-245.
  • http://www.mycoworks.com/
  • AHMADJIAN V., 1993. The Lichen Symbiosis. New York : John Wiley & Sons.
  • MOUSAIN D., SALSAC L., 1982. Nutrition phosphatée et activités phosphatases acides des symbiotes ectomycorhiziens cultivés isolément ou en association. In : Les mycorhizes : biologie et utilisation / S. Gianinazzi Ed. . Paris : INRA, p. 87-100.
  • GUEHL J.-M., GARBAYE J., 1990. The effect of ectomycorrhizal status on carbon dioxide assimilation capacity, water-use efficiency and response to transplanting in seedlings of Pseudo-Tsuga menziesii (Mirb) Franco. Annales des Sciences forestières, vol. 21, p. 551-563.
  • FERGUSON B.A., DREISBACH T.A., PARKS C.G., FILIP G.M. et SCHMITT C.L., 2003. Coarse-scale population structure of pathogenic Armillaria species in a mixed-conifer forest in the Blue Mountains of northeast Oregon, Canadian Journal of Forest Research, vol. 33, no 4,‎ p. 612–623
  • LAMAISON, J-L., 2005. Encyclopédie Visuelle Des Champignons. Editions Artémis, Espagne, p. 383.