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Excursion bryologique en Forêt de Fontainebleau

Publié le 14 janvier 2015 dans Botanique
Excursion bryologique en Forêt de Fontainebleau

Le 23 novembre 2014,  Michel ARLUISON et Pierre FESOLOWICZ assuraient une excursion bryologique en Forêt de Fontainebleau. Cette sortie, organisée par les Naturalistes Parisiens et l’ANVL, a fait l’objet d’observations naturalistes intéressantes décrites dans le compte rendu rédigé par Pierre FESOLOWICZ.

La journée est fraîche mais ensoleillée. La participation est d’environ 35 personnes. La plupart des espèces muscinales rencontrées sont communes, mais beaucoup seront détaillées et décrites tout au long du trajet à l’aide d’images numérisées réalisées au microscope. L’alternance et l’importance morphologique des générations de cet embranchement singulier du règne végétal, en font un objet d’étude particulièrement attrayant, le sporophyte étant aussi gracieux que le gamétophyte. Ce résumé ne fait que reprendre succinctement ces observations souvent difficiles à faire sur le terrain sans matériel d’investigation optique approprié. Une liste complète sera publiée ultérieurement dans le bulletin de l’ANVL par Michel Arluison.

Itinéraire : Gare de Thomery, chemin longeant la voie ferrée parcelle 403 en direction de l’est, pont SNCF, Route de la Mare de By, Mares de By, Carrefour de la Fosse aux Boulins, Route du Fourneau, Carrefour de la Croix de Guise, Ancienne Route de Bourgogne, Route du Mont Andart, Avon, Fontainebleau.

Substratum : le trajet de la matinée se déroule sur l’argile à meulières de Brie (Mares de By). Le Mont Andart est une butte stampienne constituée par les Sables de Fontainebleau sans grès affleurants, coiffé par le Calcaire d’Etampes.

Après avoir décrit le cycle de reproduction et donné quelques généralités sur les bryophytes, nous débutons l’excursion.

Sur le chemin longeant la voie ferrée, on observe les premières mousses, en particulier Atrichum undulatum avec sa feuille ondulée transversalement, à cellules très courtes, dont la coupe montre les quelques lames de la face supérieure de la nervure. Elle possède une capsule arquée, un opercule long, une longue coiffe, un péristome rougeâtre aux dents simples, des spores rondes et lisses, vertes en cette saison. C’est une espèce de sol frais, de mull mésotrophe, plus on moins sciaphile (d’ombre), ne supportant qu’une faible concurrence biologique.

Sur un chêne Orthotrichum lyellii est reconnaissable à ses propagules bruns pluricellulaires, visibles à la loupe.

Au sol, Polytrichum formosum est identifiable à ses rameaux élevés, d’un vert foncé, à feuilles acérées, dont la coupe transversale montre des lames sur toute sa largeur. Sa capsule quadrangulaire pourvue d’un épiphragme (membrane) tendu au sommet du péristome, dissémine les spores entre ses dents. Préférant l’ombre, c’est une espèce acidiphile à large amplitude.

De conditions écologiques identiques, Mnium hornum lui dispute sensiblement le même milieu. Le bord de sa feuille est denté dans deux plans comme une lame de scie. Des « inflorescences » mâles, en forme de corbeilles acrocarpes (sommet des rameaux), présentent des anthéridies, noyées dans de curieuses paraphyses ballonnées. En cette saison les archégones viennent d’être fécondés et donnent une capsule immature portée par un pédicelle rougeâtre qui, à la différence de celui des hépatiques, se forme avant l’urne.

Brachythecium rutabulum, pleurocarpe (fructification latérale) de couleur vert jaunâtre à soie verruqueuse, préfère la lumière et affectionne le milieu basique rudéralisé. Son port, sa feuille, sa capsule arquée, son pédicelle rougeâtre peuvent le faire confondre avec Eurhynchium striatum, très ressemblant mais à soie lisse, plus sciaphile observé plus loin. Ce dernier termine sa nervure par une pointe unicellulaire qui fait saillie à la face inférieure de la feuille.

Bryo_Eurhynchium striatum_P.FESOLOWICZ

Eurhynchium striatum

 

Le genre Fissidens présente la singularité d’avoir des feuilles sur deux rangs dédoublées dans leur partie proximale et interne. Fissidens bryoïdes est une petite espèce à feuilles marginées et lisses. La teinte de sa délicate fructification est due à la rougeur de son péristome. Fissidens taxifolius, plus robuste, est finement crénelé et mucroné. Cette mousse neutrophile à calcicole préfère les sols frais et ombragés.

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Fissidens bryoides

 

Sur ce sentier nous rencontrons trois hépatiques. Celles à feuilles possèdent deux rangées de feuilles, avec souvent des lobes supérieurs et inférieurs, ainsi que des amphigastres (petites feuilles ventrales). On trouve des oléocorps (corps lipidiques) dans leurs cellules.

Frullania dilatata est déterminée par l’observation de ses lobes inférieurs en forme de vase largement ouvert. Plaquée à l’écorce des arbres, elle est fréquemment fructifiée. Ses périanthes (sacs contenant la capsule) très visibles sont pustuleux et mucronés.

Lophocolea heterophylla produit deux sortes de feuilles, les unes à lobes arrondis et les autres à lobes pointus. Son aréolation est exempte de trigones (espaces entre les angles des cellules). Sa forte odeur camphrée rappelle celle du sous-bois.

Lophocolea heterophylla

Lophocolea heterophylla

Metzgeria furcata forme des auréoles d’un vert pâle sur les écorces lisses et rampe en lames fourchues.

Au passage on peut mentionner Pulmonaria longifolia, ainsi que Prunus serotina qui devient abondant et envahissant.

Le pont bétonné de la SNCF est colonisé par nombre d’espèces muscinales. Ceratodon purpureus est fréquent dans ce milieu découvert. Sa tige et sa soie sont rouges, ses feuilles ont des cellules courtes. La feuille de Didymodon rigidulus est révolutée et se termine par une longue pointe dans laquelle s’engage la nervure. Des propagules, qui représentent la forme de multiplication végétative souvent très présente chez les bryophytes, s’expriment chez cette espèce sous forme de sphérules à l’aisselle des feuilles. Schistidium apocarpum est reconnaissable par sa capsule rougeâtre noyée dans la touffe. Les cellules foliaires sont légèrement sinueuses. Dans ce milieu prospère aussi Brachythecium albicans, aux rameaux simples, julacés d’un vert jaunâtre et blanchâtre. Ses cellules sont longues et peu sinueuses.

Sur le sentier qui conduit aux Mares de By, une souche donne refuge au Leucobryum glaucum fructifié, indicateur d’un ph4 au niveau de la touffe. C’est une mousse à feuilles bistratifiées. Deux couches de cellules hyalines lui donnent son aspect blanchâtre, des chlorocystes s’y intercalent. Dicranella heteromalla également fructifiée, aux feuilles courbées en faux, homotropes, l’accompagne. Son péristome rouge-orangé confirme l’espèce.

Dans l’eau de la Mare de By, l’hépatique Ricca fluitans, grêle, filiforme et fourchue se mêle à Lemna minor. Ses capsules incluses dans son thalle pluristratifié sont d’observation difficile.

Frullania tamarisci, se distingue de F. dilatata par son port dressé, sa feuille présentant au lobe supérieur une rangée d’ocelles orangés bien alignés, ainsi qu’un lobe inférieur très petit, étroit, profond, en vase fermé. Les cellules possèdent des trigones et des gros oléocorps.

Au passage on observe un chêne pédonculé remarquable et dans le chemin Glyceria notata (plicata).

Directement installés sur les talus, Leucobryum glaucum et Deschampsia flexuosa indiquent la présence des Sables de Fontainebleau. Au pied du Mont Andart, Zygodon baumgartneri, fixé sur les troncs est reconnaissable à ses nombreux petits rameaux étoilés. Ses feuilles ont des cellules papilleuses, et produisent beaucoup de petits propagules cloisonnés transversalement.

En approchant du sommet de la butte, Leucobryum glaucum fuit les sables argileux pour s’établir sur une vielle souche en compagnie de Lepidozia reptans, minuscule hépatique calcifuge, à feuilles et amphigastres pourvus chacun de trois à quatre lobes profonds et dont les cellules anguleuses ne possèdent pas de trigone.

En arrivant sur le Calcaire d’Etampes qui recouvre le Mont Andart, on observe trois espèces corticoles. Leucodon sciuroïdes aux rameaux dressés et arqués à l’état sec, est aisément reconnaissable surtout lorsqu’il est pourvu de petits rameaux propagulifères sommitaux. Sa feuille est plissée longitudinalement, énerve, à cellules courtes. Porella platyphylla est une hépatique feuillée, ses rangées de lobes et d’amphigastres bien alignés donnent un aspect sillonné à sa face inférieure. Radula complanata, hépatique à feuilles d’un vert tendre, est couchée sur l’écorce. Ses lobes inférieurs sont carrés, elle ne possède pas d’amphigastre. Les cellules foliaires sont à parois minces et contiennent chacune un seul oléocorps volumineux. Son périanthe comprimé et tronqué, renferme une capsule noire qui s’ouvre en quatre valves, laissant échapper des spores rondes de trente microns, propulsés par des élatères.

Bryo_Radula complanata

Radula complanata

 

Une petite exploitation dans le Calcaire d’Etampes indique la faible épaisseur de cette formation lacustre.

Fissidens cristatus, terricole et calcicole, est plus robuste que les espèces précédentes du même genre. Sa feuille présente une dentition sommitale bien marquée. Barbula unguiculata est bien reconnaissable à sa nervure excurrente.

Pulcherricium caeruleum (Corticacée) est un joli champignon d’un bleu azur. Véritable velours, il tapisse litteralement son substat (bois pourri).

Pulcherricium caeruleum

Pulcherricium caeruleum

La rare Neckera crispa, circumboréale montagnarde, calcicole mésophile, a été découverte lors de la préparation. Située dans une station précaire limitée à une souche, elle doit être soigneusement préservée. Ses rameaux de bonne taille aplatis, ainsi que ses feuilles ondulées transversalement lui donnent un aspect caractéristique. Ses nervures foliaires sont discrètes.

Neckera crispa

Neckera crispa

Notons quelques plantes intéressantes du calcaire : Daphne laureola, Rosa arvensis, Hypericum montanum, Filipendula hexapetala, Vincetoxicum hirundinaria, Sorbus torminalis et S.Latifolia.

Les très nombreuses traces d’activité des sangliers, bauges, retournement des sols, témoignent d’un cheptel surabondant.

Pour finir nous visitons, près du château d’eau, une belle station d’Encalypta streptocarpa, jolie mousse calcicole d’un vert gai, aux feuilles oblongues et obtuses, à cellules papilleuses. Un tomentum de propagules filamenteux et bruns garnit ses rameaux et ses rosettes.

 

NB : les quelques clichés qui accompagnent ce texte ont été réalisés par Pierre FESOLOWICZ