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A la recherche des Amphibiens

Publié le 08/22/2017 dans Massif de Fontainebleau
A la recherche des Amphibiens
  • Introduction

Les Amphibiens (ou Batraciens) sont des animaux à peau fine dite nue (sans écaille ni poil), qui possède un rôle de respiration (environ 80% de la respiration est cutanée). Leur cycle de vie est inféodé aux milieux humides, ils ont besoin de cette humidité pour respirer (Romer, 1972).  Lors de la mauvaise saison à nos latitudes, toute activité leur devient impossible par les basses températures, d’où une nécessité d’hiberner.

Ils possèdent un cycle de vie amphibie : les œufs sont pondus dans un milieu humide, le plus souvent un point d’eau où les larves possédant des branchies s’y développent. Par la suite s’opère une métamorphose : les juvéniles et adultes deviennent alors semi-aquatiques voire terrestres. A la fin de la saison estivale, les individus vont hiberner dans un rayon d’environ un kilomètre du site de reproduction (Laan & Verboom, 1990 ; Sinsch, 1990).

Schéma du cycle de vie simplifié des Amphibiens (Vonesh & De la Cruz, 2002)

Les Amphibiens regroupent les Anoures (grenouilles et crapauds, pas de queue à l’état adulte, métamorphose importante) et les Urodèles (salamandres et tritons, corps allongé, queue présente à l’état adulte).

En France, on recense 39 espèces d’Amphibiens : 28 espèces d’Anoures et 11 espèces d’Urodèles. Toutes les espèces d’Amphibiens non introduites sont inscrites dans la liste rouge de France par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), ce qui correspond à 34 espèces en France. Il s’agit d’espèces essentielles, indicatrices de la détérioration des écosystèmes (Wake, 1991) et qui restent très vulnérables.

  • Espèces migratrices, pourquoi ?

Il existe deux migrations saisonnières :

  • la première commence en automne et reprend à la sortie de l’hibernation jusqu’au début du printemps, les individus adultes se dirigent vers leur lieu de reproduction qui est souvent une mare, un lac ou encore un étang ;
  • la seconde se déroule après la période de reproduction, où tous les individus se dirigent vers leur site de vie.

Un Amphibien migre de façon saisonnière dans différentes unités spatiales (reproduction, alimentation, hibernation), il est évidemment avantageux de se déplacer chaque année sur les mêmes sites au lieu d’en chercher de nouveaux. Ainsi les Amphibiens présentent une certaine fidélité pour tout ou partie de leurs habitats (Brattstorm, 1962 ; Buck, 1988).

La plupart des Amphibiens adultes passent peu de temps dans les zones de reproduction et de nombreuses espèces sont caractérisées par une reproduction dite « explosive » où les adultes ne se reproduisent que sur une période assez courte de quelques jours à quelques semaines (Wells, 1977).

  • Espèces vulnérables, les causes

Beaucoup de populations d’Amphibiens semblent diminuer ces trente dernières années. Ces baisses proviennent d’une variété de causes qui comprennent la destruction et la fragmentation des habitats, les changements climatiques, les maladies, et l’introduction de prédateurs (Marsh, 2001).

Une discontinuité du paysage peut entraîner une diminution de la cohésion des populations à travers l’espace. Les populations d’Amphibiens sont vulnérables à la perte d’habitat. Par exemple en Europe, les milieux humides ont perdu plus de 75% de leur superficie dans les zones agricoles à cause de drainages depuis trente ans, entraînant une perte importante de populations d’Amphibiens (Lehtinen et al., 1999).

Les principales barrières physiques que les Amphibiens rencontrent actuellement sont les routes dont les effets néfastes affectent tant les écosystèmes terrestres qu’aquatiques (Trombulak & Frissell, 2000).

Les Amphibiens sont également en déclin à cause de la chytridiomycose, maladie fongique mortelle pour ces animaux provoquée par le champignon aquatique Batrachochytrium dendrobatridis. Ce champignon se développe sur la peau des Amphibiens entraînant une dépigmentation et une desquamation importante. La peau des Amphibiens étant leur seule barrière physique contre les pathogènes et leur principale voie respiratoire, la survie des Amphibiens est très faible une fois infectés (Fisher et al., 2009).

Carte de la répartition de Batrachochytrium dendrobatridis en Europe (http://www.bd-maps.net/maps/)
  • Quelques espèces présentes à Fontainebleau

La Rainette verte (Hyla arborea) est une petite grenouille arboricole dont la face dorsale est vert clair et qui possède une bande foncée sur les flancs s’étendant jusqu’aux narines. Vivant dans des zones de transition (écotones), ses sites de ponte doivent être ensoleillés et entourés de végétation pendant que les zones humides ouvertes sont des habitats adéquats.

Photo d'une Rainette verte (Hyla arborea)

La Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus), historiquement présente dans le nord-est de la France, est une espèce qui colonise aujourd’hui la plupart des départements de la moitié nord du pays. En Ile-de-France, elle est potentiellement présente sur l’ensemble de la région. Cette espèce ubiquiste tolère la présence de poissons. En raison de processus d’hybridation avec la Grenouille de Lesson (Pelophylax lessonae) et la Grenouille commune (Pelophylax klepton esculenta), et de la difficulté d’identification des espèces du groupe des grenouilles vertes, il est très difficile d’évaluer leur statut de conservation des populations.

La Grenouille de Lesson (Pelophylax lessonae) est potentiellement présente au sein de tous les grands massifs forestiers riches en mares ouvertes et ensoleillées. Cependant, le nombre de localités avérées de l’espèce restent faibles. Elle est encore présente dans les secteurs où la Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) n’est pas installée (exemple des mares de platière de la forêt de Fontainebleau). En Ile de France, ses populations sont menacées de disparition.

Photo d'une Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus),

Le Triton marbré (Triturus marmoratus) est un grand triton dont le dos est vert, le ventre blanc, le tout marbré de noir, le mâle portant une crête. Une ligne orangée court sur le dos jusqu’au cloaque des femelles. Possédant une grande amplitude écologique, le Triton marbré est en limite d’air de répartition à Fontainebleau, et préfère se reproduire dans les pièces en eau réduite. Il fréquente quelques mares de platière du massif forestier.

Photo d'un Triton marbré (Triturus marmoratus)

La Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) est une grande salamandre noire tachetée de jaune. Cette espèce vit surtout dans des hêtraies fraîches à humides, en bordure de forêt. La femelle va pondre ses œufs préférentiellement dans des zones en eau peu profonde exempts de poissons. Cette espèce,  si souvent représentée au sein du château de Fontainebleau en tant qu’emblème du roi François 1er, est cependant absente du massif. La faible proportion de zones humides, et le drainage des zones marécageuses (Mare aux Evées) limitent les zones d’intérêt pour cette espèce.

Photo d'une Salamandre tachetée (Salamandra salamandra)

Le Crapaud commun (Bufo bufo) est un crapaud de grande taille dont l’œil est cuivré avec une pupille horizontal. Très ubiquiste, il vit presque sous tous les climats et dans une grande variété d’habitats. Il reste cependant inféodé au milieu forestier. Les sites de pontes préférés sont surtout des points d’eau peu profonds mais de grande taille. Connu pour sa migration prénuptiale spectaculaire synchronisée durant des nuits pluvieuses au printemps, les individus se dirigent en masse vers leur zone de reproduction ce qui occasionne de nombreux cas de mortalité routière lors de leurs franchissements de routes. Cependant, plusieurs initiatives ont été prises afin de réduire la vulnérabilité de ces amphibiens mais également de limiter les cas d’accidents de véhicules liés au passage des anoures : en effet, lors des migrations, les tronçons routiers deviennent très glissants (crapauds écrasés) et dangereux pour les conducteurs. Ainsi, des crapauducs existent (Episy, Larchant) afin de faciliter le passage des crapauds et des ramassages de crapauds sont également organisés par diverses structures locales afin de les préserver de leur traversée périlleuse.

Photo d'un Crapaud commun (Bufo bufo)

L’Alyte accoucheur (Alytes obstetricans) est un crapaud de petite taille réputé pionnier aimant les terrains bien exposés. On le retrouve principalement au sein des campagnes riches en petits villages et mares de ferme, lavoirs et vieux murs qui lui servent de caches ; ce crapaud discret se fait également entendre au cœur de la ville de Fontainebleau les soirs d’été. Une population est bien implantée au sein du parc du château. L’espèce n’est que rarement observée au sein des milieux aquatiques à l’état adulte. Seuls les mâles se rendent sur les points d’eau pour hydrater ou déposer les œufs qu’ils portent en chapelet entre leurs pattes postérieures. Les têtards peuvent se développer dans des milieux aquatiques colonisés par les poissons. L’espèce est assez difficile à observer mais fait entendre son chant flûté à partir de la mi-mars, dans notre région.

Photo d'un mâle Alyte accoucheur (Alytes obstetricans) qui porte des œufs sur ses pattes postérieures

Le Triton crêté (Triturus cristatus) est un grand triton pouvant atteindre 20 cm, de couleur noir sur le dos et orange marbré de noir sur le ventre, le mâle portant une crête dentée. Préférant les milieux ouvert, on le retrouve aussi dans les mares forestières ensoleillées, le tout avec de la végétation aquatique.

Photo d'un Triton crêté (Triturus cristatus)

Pour plus informations sur les amphibiens de chez nous : http://observatoire.cettia-idf.fr/taxon/amphibiens/atlas

Rédigé par Sarah POTIER-GIQUEL

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  • Références

  • Romer A.S. 1972 – Skin beathing – Primary or secondary ?. Respiration Physiology, 14 : 183-192.
  • Laan R. & Verboom B. 1990 – Effects of pool size and isolation on amphibian communities. Biological Conservation, 54 : 251–262.
  • Sinsch U. 1990 – Migration and orientation in anuran amphibians. Ethology, Ecology and Evolution, 2 : 65–79.
  • Vonesh & De la Cruz, 2002 – Complex life cycles and density dependence : assessing the contribution of egg mortality to amphibian declines. Oecologia, 133 : 325–333.
  • Wake D. B. 1991. Declining amphibian populations. Science, 253 : 860.
  • Wells, K. D. 1977 – The social behavior of anuran amphibians.Animal Behaviour, 25 : 666-693.
  • Brattstorm B. H. 1962 – Homing in the giant toad, Bufo marinus. Herpetologica, 18 : 176-180.
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  • Arnold, N. & Ovenden, D., 2014 – Le guide Herpéto. Delachaux, Montpellier, p. 288.
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  • http://observatoire.cettia-idf.fr/accueil